Le médecin urgentiste soigne les personnes qui ont besoin d’une prise en charge rapide : un accident, une blessure, un malaise ou une maladie grave. Il travaille aux urgences de l’hôpital, mais aussi à l’extérieur avec le SMUR, et au SAMU, où il répond aux appels du 15.

Interview de François-Xavier Moronval

Dans cet épisode de la série sur les métiers de la santé, Aurélie reçoit François-Xavier Moronval, médecin urgentiste.

Un métier aux multiples facettes

Médecin urgentiste depuis près de 14 ans à l’hôpital d’Épinal, François-Xavier a une activité très variée :

  • Les urgences : il accueille et soigne les patients qui arrivent à l’hôpital.
  • Le SMUR : il part en intervention à l’extérieur de l’hôpital, par exemple sur un accident de la route.
  • Le SAMU : au centre 15, il répond aux appels d’urgence et décide des secours à envoyer.

Parcours et formation

C’est lors d’un stage aux urgences, pendant ses études de médecine, que François-Xavier est “tombé complètement amoureux” de ce service : on y travaille en équipe, c’est dynamique, et on ne sait jamais comment va se passer la journée. Les études sont très longues, environ 10 à 12 ans. Les trois premières années sont surtout théoriques : anatomie, biologie, biochimie… De la 4ᵉ à la 6ᵉ année, on devient externe et on enchaîne les stages à l’hôpital (chirurgie, cardiologie, dermatologie, urgences…), ce qui aide à choisir sa spécialité. À la fin de la 6ᵉ année, un classement national permet de choisir sa ville et sa spécialité. Viennent ensuite plusieurs années d’internat, avec un vrai salaire et de vraies responsabilités, puis la thèse de docteur en médecine. Pour François-Xavier, ces études sont comme un escalier : “il faut pas voir le haut de l’escalier, il faut voir vraiment marche après marche”.

Avoir peur du sang n’empêche pas d’être médecin

Petit, François-Xavier avait tellement peur du sang qu’il tombait dans les pommes dans la cour de l’école à la vue d’une seule goutte : c’est ce qu’on appelle un malaise vagal. Mais il voulait absolument devenir docteur. Lors d’un stage en chirurgie, il a réussi à vaincre sa phobie grâce à l’hypnose. Son message aux enfants : avoir peur du sang n’empêche pas de devenir soignant !

La réalité du métier

Plusieurs points reviennent sur le quotidien du métier :

  • Les horaires : des journées de 8 h 30 à 18 h 30, des gardes de nuit de 18 h 30 à 8 h 30 le lendemain (quatre à cinq par mois), et parfois même des gardes de 24 heures. Il faut apprendre à changer son rythme de sommeil.
  • Les urgences : la journée commence par les transmissions sur les patients déjà présents, puis il faut s’occuper des nouveaux qui arrivent sans arrêt, car les urgences ne ferment jamais. Les patients ne passent pas dans l’ordre d’arrivée, “c’est pas comme à la poste ou chez le boulanger” : les plus graves sont soignés en premier.
  • Le SMUR : le médecin part avec un infirmier et un ambulancier, souvent aux côtés des pompiers. Les pompiers sont secouristes, mais seul le médecin peut donner certains médicaments et poser un diagnostic. Les interventions peuvent avoir lieu la nuit, dans les bois, ou nécessiter un hélicoptère qui se pose sur un stade de foot.
  • Le SAMU : quand on appelle le 15, un assistant de régulation médicale (ARM) prend les renseignements, puis le médecin décide quels moyens envoyer (ambulance, pompiers, SMUR, hélicoptère) et vers quel hôpital orienter le patient.

Prendre du recul face aux drames

Le métier confronte parfois à des drames. Il faut être solide, mais les soignants restent des êtres humains. Après une intervention difficile, toute l’équipe en discute pour faire ressortir les émotions. François-Xavier insiste : verbaliser, mettre des mots, ne pas avoir peur d’en parler, ça aide énormément. Ces moments permettent aussi de relativiser les petits tracas du quotidien et de profiter de la vie avec sa famille.

Les plus et les moins du métier

Le plus grand avantage, c’est la variété : après tant d’années, François-Xavier ne s’ennuie toujours pas et découvre encore des choses qu’il n’avait jamais vues. Un urgentiste peut aussi travailler à l’armée, chez les pompiers, sur de grands événements sportifs (Roland-Garros, rallyes, matchs de foot), dans les DOM-TOM pour des évacuations sanitaires en hélicoptère ou en avion, ou encore faire du rapatriement de patients depuis l’autre bout du monde. Il y a aussi le travail en équipe, l’adrénaline, et la joie de recevoir une petite carte d’un patient : “Docteur, vous m’avez sauvé la vie.” Et en vacances, on peut vraiment couper ! Les côtés plus difficiles, ce sont les horaires, les changements de rythme, les journées intenses où l’on a “la tête sous l’eau”, et parfois des patients agressifs. Mais leur colère vient souvent du stress et de l’angoisse : il ne faut pas la prendre pour soi.

Et l’intelligence artificielle ?

L’IA est déjà présente à l’hôpital : à Épinal, toutes les radios sont analysées par une IA qui signale les fractures. Les médecins font d’abord leur propre diagnostic, puis comparent. En cas de désaccord, ils demandent un avis ou font un scanner, et ce sont souvent eux qui ont raison. L’IA est donc un outil, fiable “neuf fois sur dix”, mais elle ne remplacera jamais le médecin : un robot ne fera pas de points de suture ni d’intubation. François-Xavier conseille aussi la prudence avec les IA généralistes comme ChatGPT, dont les réponses médicales ne sont pas sourcées, contrairement aux IA spécialisées en médecine.

Conseils aux enfants et parents

Il partage plusieurs conseils :

  • Regarder ses vidéos : sur sa chaîne YouTube, plus de 200 vidéos montrent le vrai quotidien d’un urgentiste, “sans avoir un côté un peu buzz de la télé”.
  • Ne pas stresser : on peut commencer médecine en pensant devenir urgentiste, puis se passionner pour la chirurgie ou la psychiatrie pendant un stage. On a le temps de découvrir.
  • S’engager dès 16 ans : la Protection civile, la Croix-Rouge ou les jeunes sapeurs-pompiers forment aux gestes d’urgence et permettent de savoir si l’on aime le monde de l’urgence.
  • Penser au métier d’infirmier : pour ceux qui ne veulent pas faire de longues études, trois ans en IFSI permettent de travailler aux urgences, puis au SMUR.
  • Ressource recommandée : le dessin animé « Il était une fois la vie », très pédagogique pour comprendre le corps humain. Même quand on a peur du sang, car ce sont “des petits globules qui marchent” !

Pour conclure, François-Xavier résume son métier en trois mots : la passion, l’intensité et l’humanité. Pour lui, “c’est même pas un métier, c’est une passion”, au contact de l’humain en permanence, dans les moments très tristes comme dans les très beaux.

Quelles sont les compétences pour être médecin urgentiste ?

Pour être médecin urgentiste, il faut plusieurs compétences importantes :

  • Aimer les sciences, en particulier la biologie, et un peu les mathématiques.
  • Aimer prendre soin des autres et faire preuve d’empathie : “ça s’apprend pas dans les livres, ça s’apprend vraiment pendant les stages”.
  • Être solide émotionnellement, car on soigne parfois des personnes très malades et on vit des moments difficiles.
  • Savoir garder son calme et prendre des décisions rapidement, en fonction de la gravité de chaque patient.
  • Aimer travailler en équipe, avec les infirmiers, les ambulanciers, les pompiers ou les assistants de régulation.
  • Être endurant, pour tenir les longues gardes et les changements de rythme.
  • Être débrouillard, car aux urgences on est “très MacGyver” !

Où exerce le médecin urgentiste ?

Le médecin urgentiste exerce principalement :

  • Aux urgences de l’hôpital, où il accueille et soigne les patients jour et nuit.
  • Au SMUR, en intervention à l’extérieur de l’hôpital, en voiture ou en hélicoptère.
  • Au SAMU, au centre 15, où il répond aux appels d’urgence.
  • À l’armée, chez les sapeurs-pompiers ou sur de grands événements sportifs.
  • Dans les DOM-TOM ou à l’étranger, pour des évacuations et des rapatriements sanitaires.

C’est un métier qui s’exerce à l’hôpital comme sur le terrain, 24 heures sur 24, toujours en équipe.

Quelles sont les études pour devenir médecin urgentiste ?

Pour devenir médecin urgentiste, il faut suivre les études de médecine, qui durent environ 10 ans après le bac :

  • De la 1ʳᵉ à la 3ᵉ année : une première année d’accès santé à l’université (PASS ou L.AS), puis des cours théoriques sur l’anatomie, le fonctionnement du corps, la biologie et la biochimie.
  • De la 4ᵉ à la 6ᵉ année : l’externat, avec des stages dans différents services de l’hôpital. À la fin de la 6ᵉ année, un classement national permet de choisir sa ville et sa spécialité.
  • De la 7ᵉ à la 10ᵉ année : l’internat en médecine d’urgence, avec des stages aux urgences, au SAMU et en réanimation, puis la thèse de docteur en médecine.

La formation est à la fois théorique et très pratique : c’est surtout pendant les stages qu’on apprend à soigner les patients. Pour devenir médecin urgentiste, il faut surtout de la motivation, avancer “marche après marche” et aimer prendre soin des autres.