Le pharmacien est le spécialiste des médicaments. À la pharmacie de quartier, qu’on appelle l’officine, il délivre les médicaments prescrits par le médecin, conseille les patients qui ont un petit souci de santé, et de plus en plus, il vaccine et réalise des tests rapides.

Interview de Khansaa Belkasseh

Dans cet épisode de la série sur les métiers de la santé, Aurélie reçoit Khansaa Belkasseh, pharmacienne d’officine, plus connue sous le pseudonyme de @fluent_pharma.

Un métier aux multiples facettes

Diplômée en 2018, Khansaa exerce depuis environ 7 ans, avec une petite pause pendant ses grossesses. Son métier a plusieurs aspects :

  • La délivrance : on vient avec une ordonnance du médecin, et le pharmacien donne les bons médicaments.
  • Le conseil : quand quelqu’un arrive avec un problème (mal à l’œil, bouton qui apparaît…), le pharmacien peut le conseiller et lui donner un médicament adapté, l’orienter vers un médecin, ou même vers les urgences si c’est plus grave.
  • Les nouvelles missions : depuis quelques années, les pharmaciens vaccinent et font des tests rapides d’angine ou d’infection urinaire, toujours en suivant un protocole.
  • La location de matériel : un fauteuil roulant, un appareil d’aérosol… on peut aussi les louer à la pharmacie.

C’est aussi un métier très cyclique : à la rentrée arrivent les poux et les gastros, au printemps les allergies. Et quand arrive le premier cas de grippe, la saison est lancée !

Parcours et formation

Petite, Khansaa n’avait pas de vocation : elle voulait toucher à tout, faire de l’humanitaire ou travailler dans la santé, mais aussi devenir architecte ! En 2010, elle passe le concours commun aux études de médecine, pharmacie, dentaire, sage-femme et kiné. Selon son classement, elle hésite entre pharmacie et sage-femme, puis choisit la pharmacie pour son côté recherche. Elle y découvre alors toutes les options possibles : “dire qu’on est pharmacien, c’est comme dire qu’on est ingénieur, ça veut tout dire et rien dire”.

Après deux ou trois années communes, on choisit une filière : l’officine (la pharmacie de ville), l’industrie (pour travailler dans les laboratoires pharmaceutiques) ou l’internat (pour travailler à l’hôpital). Khansaa a d’abord tenté deux fois le concours de l’internat, puis s’est réorientée vers l’officine : il existe des passerelles pour changer de filière. Les études durent 6 ans, puis on passe une thèse d’exercice. Pour sa thèse, Khansaa a étudié des huiles essentielles grâce à la RMN (résonance magnétique nucléaire) : preuve qu’on peut travailler en officine et toucher à des sujets très techniques !

Le dernier rempart avant le patient

Le pharmacien est souvent la dernière personne à vérifier un traitement avant que le patient ne le prenne. Khansaa explique cela avec le “Swiss cheese effect” : on imagine des tranches de fromage suisse avec des trous. Chaque tranche représente une personne qui peut commettre une erreur, et le pharmacien est la dernière tranche : il doit faire en sorte que l’erreur ne passe pas, car sinon les conséquences peuvent être graves. C’est pour cela que dans la plupart des pharmacies, toutes les ordonnances sont contrôlées une deuxième fois par un autre pharmacien.

La réalité du métier

Plusieurs points reviennent sur le quotidien du métier :

  • Les horaires : la pharmacie ouvre avant les bureaux et ferme après, par exemple de 8 h 30 à 20 h, du lundi au samedi. La journée est rythmée par des rushs : le matin, à la pause déjeuner et le soir entre 18 h et 20 h. Les journées passent très vite !
  • Le travail en coulisses : en dehors du comptoir, il faut contrôler les ordonnances, réceptionner les boîtes, gérer les médicaments périmés, remplir les rayons et s’occuper de beaucoup de papiers pour les remboursements de la Sécurité sociale et des mutuelles.
  • Les gardes : la nuit (de 20 h à 8 h environ) et le dimanche, une pharmacie de garde reste ouverte pour les urgences, par exemple quand on sort des urgences de l’hôpital sans traitement. Mais toutes les demandes ne sont pas urgentes : la boîte de lait pour bébé oubliée revient à chaque garde, et Khansaa a même reçu un appel à 3 h du matin pour une tétine avec un camion de pompiers, sans laquelle l’enfant ne voulait pas dormir. “Je comprends que c’est une urgence pour vous, mais c’est pas une urgence médicale !”
  • La formation continue : de nouveaux médicaments sortent sans arrêt, les lois et les missions changent. Les pharmaciens et les préparateurs en pharmacie doivent donc se former régulièrement.

Une relation privilégiée avec les patients

Contrairement à un médecin spécialiste qu’on voit une ou deux fois par an, le pharmacien voit ses patients très souvent. Il suit leur vie : la grossesse, la naissance, les enfants qui grandissent… Cette proximité crée un lien de confiance. La pharmacie travaille aussi en équipe avec les préparateurs, et en bonne intelligence avec les médecins et les infirmiers du quartier. Pour Khansaa, le secret, c’est la communication, toujours dans l’intérêt du patient.

Les plus et les moins du métier

Ce que Khansaa apprécie le plus, c’est l’impact immédiat de son travail. Pendant le Covid, beaucoup de gens se demandaient à quoi servait leur métier : les pharmaciens, eux, ne se sont jamais posé la question. Il y a peu de hiérarchie, on peut prendre des décisions rapidement, et les patients reviennent souvent pour dire merci… “Les plus sympas amènent du chocolat !”

Mais cet impact existe aussi dans l’autre sens : quand une situation se passe mal, le retour négatif arrive directement au comptoir. Les patients malades sont fatigués et parfois irritables, et c’est au pharmacien d’annoncer qu’un médicament n’est plus remboursé ou qu’il est en rupture. Khansaa regrette que les études ne préparent pas à gérer ces situations. Le métier est aussi physique : on reste debout toute la journée, et parler à 80 ou 90 patients par jour, ça fatigue ! Il faut être à l’écoute, comme une éponge, tout en gardant une petite barrière de professionnel de santé.

Et l’intelligence artificielle ?

Pour Khansaa, l’IA va forcément changer le métier. Elle pourra réduire la partie administrative, la plus pénible, et aider à lire les ordonnances ou à détecter des interactions entre médicaments. Mais la décision de délivrer ou non restera au pharmacien, qui en porte la responsabilité. Et surtout, l’IA ne remplacera pas la partie humaine : certains patients ne savent pas expliquer ce qu’ils ressentent, mais le pharmacien les connaît. Khansaa a déjà pris la tension d’une patiente qui ne se sentait pas bien, l’a trouvée très élevée et a contacté le médecin. Ça, une IA ne peut pas le détecter.

Conseils aux enfants et parents

Elle partage plusieurs conseils :

  • Regarder ses vidéos : sur son compte Instagram Fluence Pharma, elle raconte son vrai quotidien, ses journées fatigantes, ses ruptures de médicaments… et même ses petites boulettes !
  • Faire son stage de 3ᵉ dans une pharmacie : il y en a partout, il suffit de demander à celle de son quartier. Les parents peuvent accompagner leur enfant dans cette démarche.
  • Ne pas avoir peur des maths : elles comptent beaucoup en première année, mais en officine on utilise surtout des bases du collège et du lycée, comme la règle de trois ou le calcul d’une concentration.
  • Ressource recommandée : le livre « Pharmacologix », qui raconte l’histoire des médicaments et des grandes découvertes scientifiques.

Pour conclure, Khansaa résume son métier en trois mots : l’empathie (ou la bienveillance), la rigueur et la patience. Pour elle, c’est un métier génial, et il ne faut jamais oublier pourquoi on le fait : rendre service à la population.

Quelles sont les compétences pour être pharmacien ?

Pour être pharmacien, il faut plusieurs compétences importantes :

  • Être rigoureux, car le pharmacien est le dernier rempart contre les erreurs de médicaments.
  • Faire preuve d’empathie et de bienveillance : un pharmacien qui agit comme un robot ne peut pas bien prendre en charge ses patients.
  • Aimer les sciences, en particulier la chimie, la biologie et un peu les mathématiques.
  • Être patient, car les patients malades sont parfois fatigués ou inquiets.
  • Aimer communiquer et travailler en équipe, avec les préparateurs, les médecins et les infirmiers.
  • Être curieux et aimer apprendre, pour se former tout au long de sa carrière.
  • Être endurant, pour rester debout et à l’écoute toute la journée.

Où exerce le pharmacien ?

Le pharmacien peut exercer dans différents endroits :

  • En officine, la pharmacie de ville ou de quartier, ouverte six jours sur sept et parfois de garde la nuit ou le dimanche.
  • À l’hôpital, après l’internat en pharmacie, pour préparer et contrôler les médicaments des patients hospitalisés.
  • Dans l’industrie pharmaceutique, pour participer à la recherche, à la fabrication ou au contrôle des médicaments.

Les pharmacies sont présentes partout en France : c’est un métier de proximité, au plus près des patients.

Quelles sont les études pour devenir pharmacien ?

Pour devenir pharmacien, il faut suivre les études de pharmacie, qui durent au minimum 6 ans après le bac :

  • La 1ʳᵉ année : une année d’accès santé à l’université (PASS ou L.AS), commune avec la médecine, la maïeutique (sage-femme), l’odontologie (dentiste) et la kinésithérapie.
  • De la 2ᵉ à la 3ᵉ ou 4ᵉ année : un socle commun pour apprendre les bases du métier (chimie, biologie, médicaments…), avec des stages en pharmacie d’officine.
  • Ensuite : le choix d’une filière (officine, industrie ou internat pour l’hôpital), puis une thèse d’exercice pour devenir docteur en pharmacie. L’internat ajoute quelques années d’études supplémentaires.

La formation est à la fois scientifique et pratique : les stages en pharmacie permettent très vite de découvrir le terrain. Il est aussi possible de changer de filière grâce à des passerelles. Pour devenir pharmacien, il faut surtout de la rigueur, de la curiosité et l’envie de prendre soin des autres.